Le Mimosa partie 1 📚The Mimosa part 1📚

Publié le par Helena

 

Comme promis, je reviens vers vous avec un premier extrait de mon livre : Le Mimosa, rien que pour vous et exclusivement partagé en versions française et anglaise📚

As promised, I come back to you with a first extract from my book: The Mimosa, just for you and exclusively shared in French and English versions📚

Je vous souhaite à tous une bonne lecture...📖

I wish you all a good reading ...📖

Préface :
       
Après mon livre "Déracinée", Histoire vraie , je me suis interessée aux
conditions des femmes dans la société arabe et surtout maghrébine.
Les changements parfois considérables, affectent tous les pays et tous les
milieux, même les plus conservateurs sur le plan religieux. 
Les premières femmes qui se dévoilent le font en Egypte, puis en Tunisie.
Lorsque Bourguiba arrive au pouvoir en 1957, il a pris la mesure des
attentes de sa société et fait évoluer le droit ...
Cependant  dans  beaucoup  de   régions  et  de   pays  ,rien   n'a   vraiment
changé,.
J'ai voulu parcourir ces injustices et ces inégalités que subissent les filles
et les femmes du monde arabe...
Je l'ai fait à travers les yeux d'Aida, fillette du Rif Tunisien qui va nous
témoigner de la sévérité et la rudesse d'être née fille...

 

-”Aida! mets le couvert ..Ton père va bientôt arriver!”
La fillette obeit et pose les ustensiles sur la grande meida* de bois rouge.Aida, à peine douze ans sait déjà presque tout faire: s'occuper de son petit frère Rafik ,laver le linge, la vaisseille,balayer,cuisiner...
Elle et sa soeur Olfa de quinze ans ne vont plus à l 'école comme les autres enfants de leur âge,par contre ses frères ainés  Bechir et Amin ont le privilège de le faire.. Eux! ce sont des garçons...

Habiter au fin fond de la campagne Tunisienne dans la fin des années 60 , c'est ne pas encore suivre les nouvelles lois qui s'appliquent au droit d 'éducation quel que soit le sexe ou l'âge.
Lorsque le père entre dans la chambre qui fait office de salle à manger, salon, chambre à coucher,les enfants se calment et se taisent.La lampe à pétrole éclaire des visages sereins,tout le monde s'approche de la meida* et on entend seulement le bruit des cuillères piocher dans la grande sahfa* de couscous brûlant .

Khadija ,la mère ne mange pas ,elle a les yeux baissés sur le kanoun* où le thé bouillone dans le bered * d 'acier.
Son regard bienveillant se lève juste pour vérifier que les enfants mangent à leur faim.Ses yeux sont rougis par la fumée des charbons ardents, c'est peut être pour celà qu'elle a les larmes qui descendent lentement sur ses joues, ou peut être pleure-t-elle encore son bébé qui est mort quand elle a voulu lui donner la vie il y'a deux mois ...
Les femmes voisines avaient accouru , appelé l 'ancienne Mabrouka la “guérisseuse”,seule sage femme de la région et entouré Khadija agonisante pour la délivrance du nourrisson.
Les heures passaient sous les cris de Khadija... 
souffrante,tremblante,trempée de sueur et les femmes la regardaient 
impuissantes se métamorphoser en fantôme,des voisins plus riches avaient proposé à Jamil qu'on emmena sa femme à la capitale où se trouvent des hopitaux et des médecins spécialisés ,mais ce dernier avait refusé:

-”Avec la volonté de Dieu tout puissant, cet enfant viendra au monde”.
Le soleil s'était couché et la naissance s'avérait compliquée , voire impossible, des femmes du village arrivaient pour demander des nouvelles  devant la porte de la maison de chaux blanche.Les enfants étaient assis dans un coin ,les petits pleuraient, les plus grands consolaient leurs cadets..une voisine leur avait apporté de quoi manger mais aucun d'eux n'avaient touché au repas.

Tout d 'un coup,un cri strident rompit le silence de la nuit et on entendit les femmes crier , l'une sortit avec des tissus rougis de sang ,une autre ramena des bassines d'eau chaude ,tandis que les enfants gémissaient encore inquiets pour leur mère.
Mabrouka sortit vers le mari en s'épongeant le front tout  trempé de sueur:
-”Je suis désolée ,que Dieu lui donne sa miséricorde, nous n 'avons pas pu 
le sauver!”
Jamil attrape la femme en criant:
-”Non, ne me dites pas que ma femme est morte!Non!!ne me dites pas ça!”
La vieille le repousse gentiment:
-”Votre femme va bien, elle est très fatiguée ,elle a perdu beaucoup de sang...mais elle guérira.Le garçon n' a pas survécu,il est dans les bras de Dieu.”

Traductions du vocabulaire tunisois:

Le kanoun: fait de terre cuite , il contient du charbon ardent qui permet la cuisson de certains plats ou boissons chaudes.
Le bered: théière en fer qu'on met dans le kanoun.
La sahfa: ustensile, grand bol métallique ou en argile  où l 'on mange en collectif.
La Meida: table en bois de forme circulaire d'origine maghrébine

 

Preface:
       
After my book "Uprooted", True story, I became interested in
conditions of women in Arab and especially Maghrebian society.
The changes, sometimes considerable, affect all countries and all
circles, even the most religiously conservative.
The first women to reveal themselves do so in Egypt, then in Tunisia.
When Bourguiba came to power in 1957, he took the measure of
expectations of its society and changes the law ...
However in many regions and countries nothing has really
exchange,.
I wanted to go through these injustices and these inequalities that girls suffer
and women in the Arab world ...
I did it through the eyes of Aida, a girl from the Tunisian Rif who is going to
testify to the severity and harshness of being born a girl ...
                                                      ⁂

 

 

- ”Aida! set the table .. Your father will be arriving soon! ”
The girl obeys and places the utensils on the big red wooden meida *. Aida, barely twelve, already knows almost everything: looking after her little brother Rafik, washing the clothes, the dishes, sweeping, cooking ...
She and her fifteen - year - old sister Olfa no longer go to school like other children of their age, on the other hand her older brothers Bechir and Amin have the privilege of doing so. They! they are boys...

Living in the depths of the Tunisian countryside in the late 1960s means not yet following the new laws that apply to the right to education regardless of gender or age.
When the father enters the room which serves as the dining room, living room, bedroom, the children calm down and are silent. The kerosene lamp lights up serene faces, everyone approaches the meida * and we hear only the sound of spoons digging into the great sahfa * of hot couscous.

Khadija, the mother does not eat, her eyes are lowered on the kanoun * where the tea is boiling in the steel bered *.
Her benevolent gaze rises just to check that the children are getting their fill. Her eyes are red with the smoke from the hot coals, maybe that's why she has the tears slowly coming down her cheeks, or maybe is she still crying for her baby who died when she wanted to give her life two months ago ...
The neighboring women had come running, called the old Mabrouka the "healer", the only midwife in the region, and surrounded Khadija, who was dying for the delivery of the infant.
The hours passed under the cries of Khadija ...
suffering, trembling, soaked in sweat and the women looked at her powerless to metamorphose into a ghost, wealthier neighbors had suggested to Jamil that his wife be taken to the capital where there are hospitals and specialist doctors, but the latter refused:

- ”With the will of Almighty God, this child will come into the world”.
The sun had set and the birth was complicated, evenimpossible, women from the village arrived to ask for news in front of the door of the whitewash house. The children were seated in a corner, the little ones were crying, the older ones were consoling their younger children ... a neighbor had brought them something to eat but none of them had touched the m eal.

All of a sudden a shrill cry broke the silence of the night and the women could be heard screaming, one came out with blood reddened tissues, another brought back basins of hot water, while the children were still moaning in concern. for their mother.
Mabrouka went out to the husband, wiping his forehead all soaked in sweat:
- ”I'm sorry, God give him his mercy, we could not
save him!"
Jamil grabs the woman shouting:
- "No, don't tell me that my wife is dead! No !! don't tell me that!"
The old woman gently pushes him away:
- "Your wife is fine, she is very tired, she has lost a lot of blood ... but she will recover. The boy did not survive, he is in the arms of God."

Translations of Tunisian vocabulary:

The kanoun: made of terracotta, it contains hot charcoal which allows the cooking of certain dishes or hot drinks.
The bered: iron teapot that we put in the kanoun.
The sahfa: utensil, large metal or clay bowl where we eat together.
La Meida: circular wooden table of Maghrebian origin

 

"Reste en moi les souvenirs et l'amertume d'avoir tout donné sans avoir en retour que les cicatrices de souffrance."
"Remain in me the memories and the bitterness of having given everything without having in return only the scars of suffering."

Helena Ben Othman

Black And White Book GIF

 

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J
Bonsoir Héléna,

Comme promis, je viens te lire. J'ai été captée dès les premières lignes de ton récit..Merci à toi!
Gros bisous!
Répondre
B
Coucou Helena!
Merci pour cet extrait qui m'a passionnée et vraiment félicitations pour ce nouveau livre! Un sujet si délicat et toujours d'actualité. Merci mille fois à toi!
Gros bisous
Valérie
Répondre
J
Helena tu demarres fort avec cet extrait, je connais par les lectures, la condition de ces femmes soumises par.obligation, hélas cela existe encore, je me demande comment tu as connu tous les details que tu nous décris, félicitations gros bisous
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H
Merci ma chère Jodanelle pour ces encouragements, à vrai dire j'ai d'abord écrit une biographie sur mon propre destin et ensuite j'ai voulu parler des femmes en général.
J'ai aussi écrit un autre livre inachevé qui s'est perdu dans un vieux dossier jamais retrouvé.
J'espère trouver l'inspiration pour me remettre à écrire et je te fais de gros bisous